Aucune mesure ne rend la triche impossible à un examen en ligne. Ce n’est pas une raison pour abandonner la question ; c’est une raison pour la poser correctement : quelles mesures empêchent le plus, au moindre coût pour le candidat qui n’avait aucune intention de tricher ?
Cet article classe douze mesures sur cette échelle, de la moins chère à la plus intrusive. Pour chacune : ce qu’elle empêche, ce qu’elle n’empêche pas, et, dès que des données personnelles sont en jeu, où le RGPD pose la limite. La référence pour cette limite est la recommandation de la CNIL sur la télésurveillance des examens : la délibération n° 2023-058 du 8 juin 2023. C’est une doctrine française, pas un règlement européen, mais c’est la lecture publique la plus détaillée du RGPD sur ce sujet, et ses quatre principes valent partout où le RGPD s’applique : proportionnalité à l’enjeu de l’épreuve, information préalable des candidats, aucune décision prise par une machine seule, aucune analyse automatique du comportement d’un candidat. Les numéros de paragraphe renvoient au texte publié par la CNIL.
« Coût pour le candidat honnête » désigne tout ce qu’une mesure prend à celui qui joue le jeu : du stress, des données personnelles, une pièce calme, un ordinateur conforme aux exigences.
1. Des règles annoncées clairement, à l’avance
Coût : nul. Une règle connue avant l’épreuve, sur les documents autorisés, le temps limité, ce qui est enregistré et ce qui se passe quand un candidat quitte la fenêtre d’examen, retire au candidat honnête son incertitude et au tricheur son excuse. Elle permet aussi au candidat de choisir l’alternative en présentiel quand elle est proposée.
Ce qu’elle empêche : la zone grise, le « je ne savais pas que le cours était interdit », et la plupart des contestations après l’épreuve.
Ce qu’elle n’empêche pas : quiconque a décidé de tricher. Elle change ce qui compte comme triche, pas le fait qu’elle ait lieu.
La limite en matière de données : c’est le devoir d’information, appliqué à l’examen. La CNIL demande aux établissements de publier les modalités et les dispositifs de surveillance assez tôt pour que les étudiants choisissent en connaissance de cause (§ 13 et § 14), et de rappeler les conditions de surveillance avant que le candidat se connecte (§ 29). Tout ce qui suit suppose que cette mesure est en place.
2. Des questions qu’on ne peut pas chercher
Coût : nul pour le candidat ; il retombe sur l’auteur du sujet. Une question d’application, une réponse courte à justifier, un tableur ou un schéma à produire, un fichier à déposer : la réponse n’est ni dans le cours, ni dans un moteur de recherche, ni dans un chatbot sans que le candidat l’ait d’abord comprise.
Ce qu’elle empêche : la forme la plus courante de triche à la maison, chercher la réponse, et l’essentiel de la valeur d’un sujet qui a fuité.
Ce qu’elle n’empêche pas : l’aide d’une personne qui connaît la matière, ou une IA générative bien utilisée. La CNIL elle-même cite la conception du sujet, rédaction ou réponse courte, questions identiques ou non, temps par question, comme un levier contre la fraude (§ 33), et note que certains formats se passent de toute surveillance (§ 7).
Rien à déclarer au titre du RGPD : aucune donnée n’est collectée.
3. La correction anonyme et la correction question par question
Coût : nul. Ces deux mesures n’empêchent pas de tricher pendant l’épreuve ; elles empêchent que le résultat soit faussé après. L’anonymisation des copies retire le nom de la copie. La correction question par question, où le correcteur lit toutes les réponses à la question 3 avant d’ouvrir la question 4, réduit la dérive de sévérité entre la première copie et la dernière.
Ce qu’elle empêche : le favoritisme, les biais inconscients, et toute contestation selon laquelle la note serait personnelle.
Ce qu’elle n’empêche pas : tout ce qui se passe pendant l’épreuve.
La limite en matière de données : un choix de minimisation des données. Le correcteur n’a pas besoin du nom pour corriger. Les deux modes existent dans Evalmee ; la page correction les décrit.
4. Un sujet non téléchargeable avant le début
Coût : nul. Si les questions sont chargées au moment où chaque candidat ouvre l’épreuve, et pas avant, le sujet ne peut pas circuler dans les heures qui précèdent la session.
Ce qu’elle empêche : une fuite par téléchargement anticipé, et le sujet transmis au groupe qui compose plus tard.
Ce qu’elle n’empêche pas : un candidat qui photographie son écran une fois l’épreuve commencée et l’envoie à une session suivante. Plusieurs sessions sur le même sujet appellent la mesure 5.
5. Le tirage aléatoire dans une banque de questions et l’ordre mélangé
Coût : faible, à condition que les sujets tirés soient de difficulté égale. C’est le travail de l’auteur, et un problème d’équité quand il est sauté.
Ce qu’elle empêche : deux voisins, ou deux amis en appel, devant la même question au même moment ; la valeur d’une capture d’écran envoyée à une session suivante ; le corrigé dans la conversation de groupe, parce que « A, C, B, D » ne veut plus rien dire une fois les choix mélangés.
Ce qu’elle n’empêche pas : un candidat qui a de l’aide sous la main, ou une fuite complète quand la banque est petite. Mélanger les choix n’aide que pour les questions fermées.
Rien à déclarer au titre du RGPD. Dans Evalmee, un tirage aléatoire puise dans une banque de questions le nombre de questions que vous fixez, et l’ordre des sections, des pages, des questions et des choix peut être mélangé ; voir la page création d’examen.
6. Des sessions à temps limité
Coût : faible à modéré. La pression du temps se ressent pour tout le monde. Un candidat bénéficiant d’un aménagement doit voir son temps majoré appliqué sans avoir à le demander, et un incident de connexion exige un moyen d’ajouter du temps.
Ce qu’elle empêche : la recherche tranquille. Un candidat qui a quarante questions en quarante minutes n’a pas le temps de chercher chacune, et la fenêtre dans laquelle une aide extérieure est utile se rétrécit.
Ce qu’elle n’empêche pas : l’aide déjà assise à côté du candidat. Et une limite trop serrée mesure la vitesse plutôt que les connaissances. Dans Evalmee, le temps majoré est attaché au profil du participant et du temps peut être ajouté pendant l’épreuve ; voir la page diffusion.
7. Le mode plein écran et le suivi des sorties d’écran
Coût : modéré. Le candidat compose en plein écran, et le quitter déclenche un avertissement. Les candidats honnêtes quittent aussi la fenêtre : une notification, un mauvais clic, un onglet qui plante. Ce qui compte, c’est que la sortie soit enregistrée, avec son nombre et sa durée, et jamais sanctionnée à elle seule.
Ce qu’elle empêche : le passage désinvolte sur un onglet avec le cours ou un chatbot, ou du moins le rend visible.
Ce qu’elle n’empêche pas : un téléphone sur le bureau, un second écran (mesure 9), une personne dans la pièce.
La limite en matière de données : c’est l’une des quatre mesures que la CNIL juge proportionnées pour les épreuves qui exigent une surveillance renforcée, une plateforme capable de détecter, voire de bloquer, l’accès à d’autres onglets (§ 35). La limite est qu’une sortie détectée est une information pour l’examinateur, pas une sanction (§ 38, qui renvoie à l’article 22 du RGPD).
8. La détection du copier-coller
Coût : faible. Elle ne prend presque rien au candidat qui saisit ses réponses.
Ce qu’elle empêche : coller un bloc de texte depuis un document ou un chatbot dans une réponse ouverte, ou plutôt le rend visible avec un horodatage. Combinée à un temps limité, elle rend l’astuce coûteuse.
Ce qu’elle n’empêche pas : la ressaisie, ou une réponse courte lue sur un second appareil. Elle ne dit rien de l’origine du texte.
La limite en matière de données : c’est l’activité du candidat dans l’épreuve, pas son comportement. Même règle : un évènement à examiner, jamais un verdict.
9. La détection d’un second écran
Coût : faible pour la plupart des candidats. C’est un coût réel pour celui qui travaille légitimement sur deux écrans, pour des raisons d’accessibilité ou parce que son portable est sur une station d’accueil : annoncez la règle à l’avance et décidez avant l’épreuve comment vous traitez les exceptions.
Ce qu’elle empêche : le cours ou le chatbot sur le second moniteur, hors de la fenêtre d’examen, qui est le montage classique.
Ce qu’elle n’empêche pas : un téléphone, une tablette ou un second portable, que le navigateur d’examen ne peut pas voir.
La limite en matière de données : la détection est technique, la présence d’un écran supplémentaire, et n’a rien de biométrique. Elle doit tout de même être annoncée (mesure 1).
10. Des captures d’écran sur évènement
Coût : modéré. Une capture de l’écran du candidat est une capture d’un appareil privé. Ne la prendre que lorsqu’il se passe quelque chose, quitter la fenêtre, passer sur une autre application, quitter le plein écran, plutôt qu’en continu, est ce qui la garde proportionnée. Elle restreint aussi l’épreuve aux ordinateurs.
Ce qu’elle empêche : la contestation du « j’ai quitté la fenêtre par accident ». La capture montre ce qu’il y avait à l’écran à cet instant, et donne à l’examinateur un fait à lire au lieu d’un compteur.
Ce qu’elle n’empêche pas : tout ce qui est hors écran.
La limite en matière de données : la minimisation appliquée à la surveillance de l’écran, avec une durée de conservation fixée avant la mise en service (§ 48) et un accès restreint aux personnes qui en ont besoin (§ 54).
11. La vérification d’identité par un humain avant l’épreuve
Coût : modéré, et ponctuel. Le candidat présente une pièce d’identité et son visage à la webcam avant le début de l’épreuve, et une personne compare les deux.
Ce qu’elle empêche : l’usurpation, un ami qui compose à la place du candidat, qu’aucune détection pendant l’épreuve ne repère.
Ce qu’elle n’empêche pas : tout ce qui suit la vérification. Une identité vérifiée à 9 h ne dit rien de qui est au clavier à 9 h 40. C’est le rôle de la mesure 12, et même elle est imparfaite.
La limite en matière de données : la CNIL cite d’abord le contrôle documentaire effectué par une personne (§ 43). La comparaison automatisée d’un visage avec le document traite des données biométriques au sens de l’article 9 du RGPD : elle exige un fondement juridique spécifique, une alternative toujours disponible, et ne doit jamais constituer une base de gabarits biométriques (§ 44 à § 46). Une comparaison humaine contourne tout cela.
12. L’enregistrement de la webcam et du microphone
Coût : élevé. La mesure la plus intrusive de la liste : une caméra et un micro allumés, dans une pièce privée, pendant toute l’épreuve. Elle capte le foyer autant que le candidat, et elle exige une pièce calme et une webcam qui fonctionne, ce que tous les candidats n’ont pas.
Ce qu’elle empêche : une personne dans la pièce, des réponses lues à voix haute, un candidat qui quitte sa place, ou plutôt les rend vérifiables après coup. Son effet dissuasif est probablement son principal effet.
Ce qu’elle n’empêche pas : ce qui se passe hors champ, une oreillette, un écran placé derrière la caméra. Dans les mots de la CNIL, la surveillance d’un poste privé dans une pièce privée reste « nécessairement imparfaite », ne serait-ce que parce que la caméra ne couvre pas toute la pièce (§ 5).
La limite en matière de données : proportionnée à une épreuve à fort enjeu, un concours d’entrée par exemple, et non à un examen blanc, qui doit se dérouler sans télésurveillance (§ 34 et § 35). Les candidats sont prévenus que le dispositif peut capter leur environnement et invités à s’installer dans une pièce calme et neutre (§ 41). La durée de conservation est fixée avant la mise en service (§ 48), l’accès est restreint et journalisé (§ 54 et § 56), et l’enregistrement n’alimente jamais une analyse automatique du comportement du candidat (§ 37).
Trois choses à ne pas faire
La surveillance biométrique pendant l’épreuve. La reconnaissance faciale pour confirmer que la même personne est toujours là, le suivi du regard, la détection des émotions, la dynamique de frappe. La CNIL recommande tout net de ne pas recourir à l’analyse automatique du comportement des candidats (§ 37) : un risque élevé de faux positifs, et des candidats qui finissent par se concentrer sur l’air « normal » à donner à l’outil plutôt que sur l’épreuve. Rien dans la liste ci-dessus n’en a besoin.
Les verdicts automatiques. Un score de risque, un nombre de sorties, une alerte sont des données d’entrée pour une personne. Un système qui ferme un examen ou recale un candidat de lui-même prend une décision automatisée au sens de l’article 22 du RGPD, et la recommandation l’écarte (§ 38). L’examinateur tranche, et répond de sa décision.
Filmer au-delà du besoin. Un balayage à 360° de la pièce, une vidéo continue de l’écran quand des captures sur évènement suffiraient, une seconde caméra pointée sur le bureau, des enregistrements gardés un an « au cas où ». Chacune de ces pratiques coûte quelque chose à chaque candidat honnête, et chacune doit se justifier dans l’analyse de proportionnalité (§ 33), que la CNIL demande de mener globalement, pas mesure par mesure.
Où se situe Evalmee
Les mesures 3 à 12 existent dans Evalmee, dans un navigateur standard, avec une application de bureau facultative et sans navigateur verrouillé. Le sujet n’est jamais téléchargeable à l’avance. Le plein écran est obligatoire, les sorties d’écran sont comptées avec leur durée cumulée, le copier-coller et un second écran sont détectés, et une capture d’écran est prise sur quatre évènements seulement : quitter la fenêtre, passer sur une autre application, quitter le plein écran, une extension de navigateur suspecte. L’identité est vérifiée par l’examinateur, qui compare les photos de la pièce et du visage ; le produit standard n’a pas de reconnaissance faciale, et la vérification suppose la surveillance vidéo, que l’établissement active, jamais par défaut. Les enregistrements webcam et micro sont supprimés au bout de trois mois par défaut ; les captures d’écran suivent la durée de conservation des copies, fixée par l’établissement examinateur.
De ces évènements la plateforme calcule un score de risque de fraude, et ce score n’est pas un verdict : il ne ferme aucun examen et ne signale personne ; l’examinateur lit les évènements horodatés et tranche. Le détail est sur la page surveillance et proctoring, les engagements sur l’hébergement, le chiffrement et la conservation sur la page sécurité. Ce qu’Evalmee ne voit pas mérite d’être dit aussi clairement : un téléphone sur le bureau, une personne hors champ, un second appareil. Aucun outil en ligne ne le voit.
Aucune mesure ne rend la triche impossible
La réponse honnête à la question du titre est que quelques mesures, combinées, rendent la triche coûteuse, incertaine et traçable, et que c’est ce dont une épreuve a besoin. Le choix suit l’enjeu. Un examen blanc ou un test formatif appelle les mesures 1 à 6, qui ne collectent aucune donnée personnelle. Un examen noté ou une certification y ajoute les mesures 7 à 11. La mesure 12 est réservée aux épreuves dont l’enjeu la justifie et où une session en présentiel n’est pas possible. Le dispositif le plus défendable n’est pas le plus complet ; c’est celui que vous pouvez encore expliquer au candidat qui demande pourquoi la caméra était allumée.
Questions fréquentes
Peut-on empêcher complètement la triche aux examens en ligne ?
Non. Chaque mesure de cet article ferme une voie et en laisse d’autres ouvertes : un téléphone sur le bureau, une personne hors champ, une oreillette. Quelques mesures combinées rendent la triche coûteuse, incertaine et traçable, et c’est ce dont une épreuve a besoin. Elles se choisissent selon l’enjeu de l’épreuve, pas en les empilant par défaut.
La surveillance par webcam est-elle légale au regard du RGPD ?
Oui, sous conditions. La recommandation de la CNIL de 2023 juge proportionnée la surveillance vidéo et audio en temps réel pour les épreuves à fort enjeu, à condition que les candidats soient informés à l’avance, que la durée de conservation soit fixée avant la mise en service, que l’accès aux enregistrements soit restreint et qu’aucune analyse automatique du comportement du candidat ne soit réalisée. Un examen blanc doit se dérouler sans.
Un navigateur verrouillé empêche-t-il de tricher ?
Il bloque les autres applications de la machine sur laquelle il tourne. Il ne voit rien d’un téléphone, d’un second appareil ou d’une personne dans la pièce, et il exclut les candidats dont l’ordinateur ne peut pas l’installer. Détecter les sorties d’écran, le copier-coller et un second écran dans un navigateur standard couvre une bonne part du même terrain sans installation.
Quelles mesures suffisent pour un test à faible enjeu ?
Des règles claires, des questions qu’on ne peut pas chercher, un sujet non téléchargeable à l’avance, un tirage aléatoire avec un ordre mélangé, et un temps limité. Aucune ne collecte de données personnelles. Les mesures de surveillance sont réservées aux épreuves dont l’enjeu les justifie.
Un score de risque de fraude peut-il servir à recaler un candidat ?
Pas à lui seul. Un score ou une alerte est une information pour l’examinateur, qui lit les évènements qui la fondent et tranche. Une décision prise par une machine seule, avec un effet juridique ou significatif sur le candidat, est ce que l’article 22 du RGPD encadre, et la recommandation de la CNIL l’écarte pour les examens.